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Cahier
du GEMDEV n°25
La convention de Lomé : diagnostics, méthodes
d'évaluation et perspectives
Juin 1997
ISSN : 0989-9057, 333 pages - Epuisé
Consultable
en ligne
Jean Jacques Gabas : Pourquoi un séminaire
sur la Convention de Lomé ?
Le
GEMDEV a organisé ce séminaire mensuel de recherche
sur la convention de Lomé au cours de l'année
universitaire 1996 - 1997 pour plusieurs raisons.
Dès
1995, le GEMDEV avait décidé d'engager une réflexion
sur différents aspects de la coopération Nord-Sud
; il avait ainsi organisé une première réunion
sur les questions et problèmes liés à
la coopération universitaire et commençait à
définir un travail à conduire sur les coopérations
bi et multilatérales.
D'autre
part, le Comité français pour la solidarité
internationale (CFSI) a été demandeur en France
d'une réflexion sur la convention de Lomé et
son avenir : la renégociation des accords débutera
en 1998, il était opportun de participer à cette
réflexion. Les organisations non gouvernementales,
les administrations françaises élaborent des
réflexions sur l'avenir de la convention. La recherche
française devait aussi apporter quelques contributions
au débat.
Ensuite,
s'il est de plus en plus admis qu'une politique est un «
bien public » qui doit de ce fait être discuté,
celle concernant la coopération ne doit pas échapper
à cette tendance.
Enfin,
les accords de Lomé engagent des ressources financières
importantes, mais surtout se caractérisent par une
certaine singularité vis-à-vis des autres coopérations.
On a même dit de cette convention qu'elle incarnait
une certaine « culture » basée sur le partenariat,
la différenciant de ce fait, des autres politiques
d'aide. C'est l'occasion de réfléchir aux politiques
de coopération en général et à
celle de l'Europe en particulier. C'est aussi l'occasion d'aborder
la question de l'efficacité de l'aide dans un univers
de réduction des ressources financières, de
la cohérence entre les diverses politiques d'aide,
politiques commerciales et monétaires, et de la cohérence
au sein des politiques d'aide, en particulier entre les politiques
bilatérales des pays membres de l'Union européenne
et celle de la Commission européenne.
L'apport du GEMDEV
Dans
ce contexte, le GEMDEV a souhaité alimenter le débat
en axant ses réflexions sur deux grandes questions
: quels enseignements peut-on tirer de l'expérience
acquise depuis le traité de Rome en matière
de coopération ? Quels sont les avenirs possibles de
cette convention LoméIV bis qui s'achèvera en
l'an 2000 ?
Pour
cela, au cours de cette année 1996 - 1997, si l'ensemble
des volets et instruments de coopération de l'Union
européenne n'ont pas été abordés
dans leur intégralité, faute de temps, les thèmes
suivants ont fait l'objet de séminaires :
- La
convention de Lomé et les débats actuels sur
l'aide
- Comment évaluer la convention de Lomé,
sur quels critères ?
- Quelles cohérences entre la politique d'aide
et la politique commerciale ?
- Comment l'intégration régionale est-elle
abordée dans la convention de Lomé ?
- Quelle est la singularité de l'aide à
l'ajustement structurel dans la convention ?
- Comment envisager l'avenir de la Zone franc avec l'avènement
de l'euro ?
- Comment aborder la coopération décentralisée
dans la convention ?
- Quel appui au secteur privé dans le cadre de
la coopération européenne ?
Au cours de cette année 1996-1997, le GEMDEV s'est
fixé trois objectifs :
- faire
connaître les résultats d'équipes de recherches
en France et en Europe, sur les questions de coopération
et d'aide au développement présentées
ci-dessus ;
- diffuser ces réflexions au sein des équipes
de recherche, ainsi que dans les administrations concernées
(Ministère de la coopération, CFD, OCDE, DG
VIII…) et les ONG ;
- faire en sorte que chaque mois un thème de la
convention soit abordé et que se crée un espace
de réflexion et de discussion informel regroupant des
chercheurs, des décideurs politiques, des opérationnels,
des représentants d'ONG. Il est en effet indispensable
que les chercheurs développent leur propre réflexion
conceptuelle sur des thèmes tels que ceux de la coopération
et plus généralement du financement du développement,
mais aussi qu'ils soient à l'écoute du questionnement
du politique lorsque celui-ci accepte de formuler ses interrogations.
Présentation
des travaux
Le
financement du développement connaît, depuis
le début de la décennie 1990, dans la plupart
des Etats ACP, un infléchissement marqué. La
principale source de financement à savoir l'aide publique
au développement, voit son volume stagner en monnaie
constante, les investissements privés augmenter très
nettement. Dans ce contexte général à
l'ensemble des pays en développement, les Etats ACP
se trouvent pour la plupart d'entre eux, face à une
double contrainte : dépendance accrue à l'égard
de l'aide avec stagnation du volume et désaffection
croissante des investissements privés.
Ce
contexte de raréfaction des ressources financières
amène bien évidemment à s'interroger
sur la nécessaire rationalisation de l'aide en vue
d'une meilleure efficacité de celle-ci mais aussi sur
la façon de mobiliser les investissements privés.
La convention de Lomé n'échappe pas à
cette réflexion (Gabas, Sindzingre). Cette convention
a ceci de particulier par rapport aux autres politiques de
coopération : elle s'est dotée d'outils complexes
à la fois financiers, institutionnels et commerciaux.
C'est sa force que de vouloir englober dans une même
« convention » tous ces aspects, mais aussi une
source de grandes difficultés (Gabas, Sindzingre).
Une spécificité affirmée sur
le partenariat : quel bilan ?
Cette
convention était, dès le départ, basée
sur la contractualisation et le partenariat (Bossuyt, Eard).
Quatre critères, permettent de mesurer le degré
de réalisation de cet objectif présent dès
1975 : y a-t-il une réelle approche stratégique
dans les pays ? Le partenariat a-t-il permis « l'ownership
» des politiques et programmes dans les Etats ? La convention
s'est-elle ouverte aux acteurs de la société
civile ? Les capacités de gestion des ressources d'aide
ont-elles été renforcées ? Il est assez
difficile de répondre à ces questions, car,
au sein de la Commission, les efforts pour améliorer
les évaluations sont récents, et les évaluations
globales sont encore peu nombreuses. Certes, il existe des
évaluations de projets mais peu d'évaluations
sur les politiques, les stratégies d'ensemble ou les
résultats des différents instruments. La place
de l'évaluation semble mal définie dans l'institution
européenne. Difficile, compte tenu du nombre relativement
limité d'évaluations, de convaincre l'Europe
et les opinions publiques que l'instrument Lomé est
et a été efficace. Il est difficile aussi de
capitaliser les expériences.
Toutefois,
sur ces quatre critères largement analysés par
le Centre européen de gestion des politiques de développement
(ECDPM) plusieurs conclusions sont avancées :
- existe-t-il
une réelle approche stratégique dans chacun
des pays ACP ? L'existence des Programmes indicatifs nationaux
(PIN) devait répondre à cet objectif stratégique.
Or, le dialogue politique est très récent (peut-être
trop récent). La convention de Lomé ne s'est-elle
pas trop focalisée sur les instruments de la coopération,
au détriment de la stratégie. Ne fallait-il
pas analyser d'abord les défis, les contraintes de
développement propres aux régions et pays pour
ensuite présenter les réponses possibles, tenir
compte des réalités plutôt que de prendre
le problème dans l'autre sens ? Ne faudrait-il pas,
d'une façon plus générale, que l'aide
réponde à une demande formulée (Courcelle)
plutôt que celle-ci conçoive des outils souvent
peu adaptés aux réalités ? ;
- le partenariat a-t-il permis l'appropriation, l'internalisation
des politiques et des programmes par les pays bénéficiaires
? On observe beaucoup de changements dans l'attitude européenne
depuis 1975, passant du « laisser gérer »
à « gérer pour la pays » et le dialogue
politique s'est érodé au fil des ans (Bossuyt,
Eard, Duruflé). Il y a même une relation de «
méfiance » (Coussy) qui semble s'être «
imposée » entre les pays ACP et l'UE au détriment
de la « confiance ». Par ailleurs, les allocations
automatiques dénuées de toute flexibilité
n'ont pas incité les ACP à la performances et
ce n'est que récemment qu'un mécanisme de programmation
par tranche a été instauré ;
- la coopération européenne s'est-elle
ouverte aux acteurs de la société civile ? La
révision à mi-parcours de Lomé IV a insisté
sur l'importance de la coopération décentralisée.
Toutefois, cette notion de coopération décentralisée
est très précise et ne recouvre pas une forme
de coopération qui serait une « couche »
supplémentaire dans l'ensemble des opérations.
Il s'agit dans la plupart des actions d'intégrer la
société civile à la conception des programmes
(Leclerc-Olive), de stimuler la coopération entre les
différents acteurs au niveau local, et de mettre en
oeuvre le plus possible le principe de subsidiarité,
tout en gardant la possibilité de contrôler la
bonne affectation des ressources financières prévues.
L'observation des logiques des acteurs autour des actions
de développement au Mali (Leclerc-Olive) alimente une
réflexion plus large : en effet, quelles pourraient
être les formes de partenariat adaptées entre
l'Union européenne et les États ACP permettant
une reconception des relations entre un Etat " renouvelé
" et des acteurs non étatiques, consolidant de
" l'intérieur " l'Etat de droit (Leclerc-Olive)
? La coopération dans le cadre de la convention de
Lomé reste effectivement très étatique
et la plupart des ACP hésitent à associer la
société civile à cette convention. Quant
à l'appui au secteur privé il est resté
souvent peu efficace car dans le partenariat, le secteur privé
n'a aussi que très rarement été associé
(Courcelle). Il n'existe pas de structure locale de dialogue.
Dès lors, quel contenu opérationnel donner à
cette coopération décentralisée ? Quel
espace de dialogue, de concertation dans les États
peut-on imaginer , sachant qu'actuellement de tels lieux font
défaut ? Au niveau de la Commission européenne,
le Comité de liaison des ONG européennes (CLONG)
a-t-il été bien intégré à
la convention de Lomé (Bossuyt ) ? ;
- enfin, cette convention est largement sous-exploitée
: dans quelle mesure les capacités de gestion des ressources
d'aide ont-elles été renforcées dans
les Etats ACP comme au sein de la Commission européenne
(Bossuyt, Eard) ?
Cette convention a une histoire, liée à celle
de la construction européenne (Vernier). Mais cette
évolution observée interroge tout d'abord sur
cette coopération de " groupe " à
" groupe ". En effet, le nombre de pays ACP n'a
cessé de croître pour atteindre depuis la dernière
convention 70 pays et les différences de rythmes de
croissance, de situations politiques ou d'insertions dans
des sous-ensembles régionaux deviennent de plus en
plus marquées. On se trouve face à un ensemble
hétérogène. Comment conserver l'approche
en termes de " groupe de pays " tout en introduisant
les différenciations qui s'imposent ? Comment imaginer
une autre " régionalisation " de la convention
sans éclatement de celle-ci ?
Préférences commerciales : quels avantages
pour les ACP ?
Le
volet commercial, une des grandes originalités de la
convention de Lomé, est abordée de façon
très critique (Kappel) en montrant que le système
du stabex et du sysmin sont des freins à la diversification
des activités productives des États ACP. Toutefois,
faut-il supprimer purement et simplement cet instrument ou
bien chercher plutôt à l'optimiser ?
Une
des conclusions de l'étude ODI sur la politique commerciale
de l'UE (Hewitt) est la suivante : il n'y a pas de corrélation
bien établie entre la croissance des exportations et
la marge préférentielle accordée aux
ACP. Dès lors, les préférences commerciales
peuvent servir de catalyseur au développement d'un
secteur dynamique mais ne constituent jamais une condition
nécessaire ou suffisante. L'accès même
au marché européen est mal connu par les opérateurs
: manque d'information sur les possibilités commerciales
(Courcelle) et manque de compétences locales pour suivre
tous les règlements. Quant aux règles d'origine
elles sont utilisées par l'UE comme protection effective.
.Les points essentiels à la dynamique des échanges
semblent se porter sur le développement des infrastructures,
la présence d'un esprit d'entreprise ou encore sur
la disponibilité en capitaux pour l'investissement.
Ne faudrait-il pas jouer sur les facteurs limitant de fait,
les capacités d'exportation : la pénurie d'investissements
privés (l'instabilité économique et politique
détournent les investissements étrangers dans
les ACP au profit d'autres régions), les carences de
l'infrastructure ( les coûts de transport entre les
ACP et l'Europe restent élevés) , le développement
insuffisant des services financiers ( manque de financement
de l'activité d'exportation)...
Mais
au-delà de ces blocages commerciaux, n'y a-t-il pas
à moyen terme des incompatibilités entre un
maintien des préférences commerciales accordées
dans le cadre de la convention de Lomé (basées
sur la non réciprocité) et les règles
de l'OMC (Hewitt, Kappel) ?
Y a-t-il un message européen " singulier
" dans le domaine de l'ajustement structurel ?
D'une
façon général vis-à-vis des Institutions
de Bretton Woods, beaucoup de programmes, voire de conceptions
européennes en sont éloignées (Coussy).
Dans le domaine de l'appui à l'ajustement structurel,
les " messages " sont parfois opposés : le
stabex et le sysmin sont des outils en contradiction avec
la vision libérale de fluctuation des marchés,
les préférences commerciales sont aux antipodes
de la logique de compétitivité, le don est préféré
au prêt, l'ajustement freine l'investissement alors
que l'Union européenne avait comme objectif le développement
à long terme, l'UE souhaitait un partenariat alors
que l'ajustement structurel est dans sa nature même
une négociation asymétrique, l'UE avait une
approche régionale alors que les Programmes d'ajustement
structurel sont nationaux...
Par
ailleurs, on se trouve dans un " oligopole de l'aide
", partiellement coopératif. Le " leadership
" dans cet oligopole a été conquis par
les institutions de Bretton Woods , alors que l'aide de l'UE
et de ses Etats membres est nettement supérieure à
celle de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.
Tous les bailleurs se sont adaptés aux objectifs du
" leader " et l'Union européenne n'a pas
échappé à cette stratégie. Mais
l'UE semble avoir gardé une certaine autonomie en continuant
de financer les dépenses sociales de santé et
d'éducation (ce qui ne gêne pas les leaders),
de contribuer à ne pas endetter les Etats du fait d'une
aide sous forme de dons, d'introduire des conditionnalités
démocratiques, de respect des droits de l'homme. Sans
stratégie alternative, l'Union européenne sur
la logique de l'ajustement a " rajouté "
ses propres objectifs (Coussy). Toutefois, l'aide de l'Union
européenne à l'ajustement s'engage dans une
procédure différente des allocations classiques
de Lomé, l'éloignant de ce fait de sa philosophie
du partenariat (Duruflé). Sur la plupart de ces questions
l'évaluation de l'appui à l'ajustement structurel
de l'Union européenne au Cameroun est instructive (Duruflé).
Dès
lors, quel avenir pour l'ajustement ? Il ne semble pas que
l'ajustement dans son principe soit remis en question. Par
contre, il semble que soit contestée la non participation
de l'Union européenne à la discussion sur les
politiques économiques, l'insuffisance de l'appareil
d'analyse au sein de la Commission comme au sein des administrations
dans les Etats ACP, la faible coopération entre les
aides bilatérales et multilatérales, faible
intériorisation des PAS dans les ACP, la multiplication
des conditionnalités (Coussy)... L'introduction des
aides budgétaires sectorielles affectées couvrant
l'investissement et le fonctionnement dans des secteurs essentiels,
assurerait un lien entre l'aide à l'ajustement et l'aide
projet. L'aide sectorielle et l'appui aux réformes
mettraient l'accent sur l'amélioration du cadre institutionnel
et de la capacité locale de conception des politiques
économiques. Toutefois, ces instruments permettront-ils
de répondre aux objectifs que se fixe la Convention
?
Quelles priorités pour les politiques de coopération
?
Plusieurs
décennies de « messages » ont présenté
des objectifs considérés comme prioritaires
face aux besoins des pays en développement. En fonction
des paradigmes, les bailleurs ont insisté sur la nécessité
de développer les infrastructures, l'agriculture, la
satisfaction des besoins essentiels... Mais ces thèmes
s'accumulent et finalement en ces années 1990 on assiste
à une multiplication des objectifs, une complexification
croissante des messages, sachant que bien souvent les bailleurs
de fonds ont chacun leur propre conception (Gabas, Sindzingre).
Au sein même de la convention, les priorités
ont évolué (Vernier) et se sont par là
même complexifiées avec le renforcement des conditionnalités
démocratiques, le respect des droits de l'homme, la
notion de good governance, le renforcement de l'Etat de droit.
Le secteur privé prend aussi une place centrale comme
" moteur du développement " dans les objectifs
de la convention de Lomé.
Dès
lors, quelle politique d'appui efficace au secteur privé
national structuré en Afrique (Courcelle, Guitard)
? De multiples paramètres sont à prendre en
considération, toutefois on insistera sur : la nécessité
de d'être à l'écoute des entreprises privées
et la nécessité de changer les rapports entre
le privé et le public actuellement caractérisés
par une certaine méfiance réciproque, la réduction
des obstacles au commerce régional afin d 'élargir
les marchés, favoriser un financement de proximité,
laisser aux fonds privés nationaux les opportunités
d'investissements. Enfin, il faudrait favoriser la création
de fonds d'investissement et de fonds de privatisation (par
la conversion de dettes publiques) pour donner au secteur
privé des opportunités (Guitard). Quant au projet
d'harmonisation du droit des affaires en Afrique qui entrera
en vigueur le 1er janvier 1998, celui-ci devrait pallier à
" l'insécurité juridique et judiciaire
" (Guitard) que l'on observe actuellement, et donc favoriser
l'implantation de l'entreprise privée.
Comment envisager la question monétaire ?
La
question de la coopération monétaire n'a pas
été abordée pour l'ensemble des pays
ACP. Seule la zone franc, son avenir et ses rapports avec
les autres pays d'Afrique ont été abordés.
La dévaluation du FCFA a réussi dans ses objectifs
à court terme (Debrat) mais n'a pas apporté
de réponse durable au dysfonctionnement de la zone
franc (Hugon) : faible compétitivité vis-à-vis
des pays ayant défini leur monnaie en dollar, ajustement
de change face aux chocs extérieurs, faible interdépendance
entre les économies, nécessité d'appuis
financiers extérieurs. Les réformes techniques
de la zone franc sont nombreuses, mais n'ont de signification
que si elles sont portées par une volonté politique.
Plusieurs questions se posent quant à l'évolution
de la zone franc (Hugon) , et des éléments de
réponse apparaissent comme les plus probables : l'euro
doit-il être la monnaie d'ancrage ? Cela peut se justifier
de par l'importance des échanges et des mouvements
de capitaux avec l'Europe, ainsi que par la volonté
de participer à un futur pôle monétaire
au sein de l'économie mondiale. Reste que la question
du niveau de l'euro vis-à-vis du dollar est centrale
non seulement pour la reprise de la croissance et de la compétitivité
européenne mais encore plus pour celle des pays africains
affrontant la concurrence des pays dont la monnaie est ancrée
sur le dollar. Faut-il un change fixe ou flexible ? Un degré
de flexibilité de change serait souhaitable au sein
de la zone, permettant de prendre en compte les fluctuations
des termes de l'échange et l'évolution du dollar
par rapport aux monnaies européennes. Faut-il des monnaies
nationales ou régionales ? Les Unions monétaires
favorisent l'intégration régionale et conduisent
à une discipline monétaire plus crédible
que dans le cas de souverainetés monétaires
nationales. Faut-il une convertibilité de marché
ou conventionnelle ? La convertibilité conventionnelle
des CFA devrait se transformer en convertibilité de
marché, résultant de politiques crédibles
et d'une confiance des opérateurs.
Des
réformes institutionnelles pragmatiques de la zone
franc éviteraient la constitution de germes de démantèlement.
Les Unions monétaires devraient s'autonomiser progressivement
à partir de convergences d'indicateurs, d'interdépendance
des économies et de mise en place de politiques crédibles
et coordonnées.
Quel
rôle pourrait jouer l'Union européenne dans ces
réformes institutionnelles ? Bien que le volet monétaire
soit absent de Lomé et des accords entre l'Union européenne
et les ACP celui-ci est pourtant stratégique pour redéfinir
une coopération. Envisager tout d'abord un transfert
de compétence du Trésor français vers
les institutions communautaires pour une transformation progressive
de la zone franc en une zone euro. L'Union européenne,
par ailleurs, ne peut pas ignorer les pays de la région
non membre de la zone franc (le Nigéria notamment)
: vis-à-vis de ces pays l'Union européenne pourrait
mettre en place des mécanismes de garantie et d'aide
à la convertibilité moyennant acceptation des
règles monétaires et budgétaires, dont
la monnaie serait définie en euro. Plusieurs mécanismes
de soutien aux pays hors zone franc sont envisageables : un
accord de type compte d'avance, un fonds de stabilisation
abondé par diverses sources (bailleurs de fonds, avoirs
extérieurs de grands pays comme le Nigéria...)
qui permettrait de lisser les chocs et les instabilités,
mise en place d'un stabex régional (mécanisme
de stabilisation régionale des déterminants
réels de change entre pays). La convergence des zones
monétaires pourrait se faire progressivement ; en parallèle,
des accords monétaires au sein des chambres de compensation,
des ajustements concertés de change... permettraient
avec un appui de la communauté financière internationale
de favoriser les coordinations de politique économique.
Comment concevoir et accompagner l'intégration
régionale ?
Les
avis sont actuellement unanimes pour affirmer que l'intégration
régionale est une nécessité absolue pour
que les Etats ACP évitent une marginalisation croissante
au sein de l'économie mondiale (Egg, Coste, Courcelle,
Guitard, Kennes). Effectivement, l'Union européenne
accorde une importance certaine aux processus d'intégration
régionale (Egg, Coste, Conte). Toutefois, il semble
que les stratégies mises en oeuvre pour la promotion
de l'intégration régionale soient peu adaptées
aux réalités (Egg, Coste). Dès lors,
un premier axe de réflexion sur l'intégration
régionale devrait porter sur le principe de subsidiarité.
Dans cette perspective, ne pourrait-on envisager des actions
qui feraient l'objet d'un engagement de long terme sur des
problèmes à traiter en commun au niveau régional
et déléguer au niveau régional des actions
que les Etats n'ont plus la possibilité d'assurer (enseignement
supérieur, recherche...) au niveau national ? Un deuxième
axe de réflexion aborde la question de l'intégration
économique régionale comme étant en premier
lieu celle de la volonté politique des Etats (Kennes,
Courcelle, Guitard) et non celle du « fonctionnement
» des institutions régionales.
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