nov 15, 2012

Séminaire annuel: Communauté, sociabilités, parentèles : catégories identitaires et empire. Paris

L’enseignement de Jean-Paul Zuñiga, maître de conférences à l’EHESS : Communauté, sociabilités, parentèles : catégories identitaires et empire aura lieu cette année les 2e et 4e jeudis du mois de 15 h à 17 h (salle 426, bât. Le France, 190-198 av de France 75013 Paris)

La première séance se tiendra le jeudi 22 novembre 2012

Le séminaire explorera la notion de communauté et ses déclinaisons à l’échelle de l’empire hispanique. À partir d’un questionnement sur la notion d’appartenance dans les sociétés modernes, on en définira les caractéristiques pour le versant colonial de l’empire, en insistant, par-delà l’unité politique postulée, sur l’importance des configurations locales. Cette approche confrontera en permanence les postulats affirmés (sang, lignage par exemple) et les pratiques attestées. Hérédité, caractérologie, chorographie… seront autant de disciplines sollicitées et mises en rapport afin d’historiciser ces concepts et les mettre en rapport avec l’émergence des sciences biologiques en particulier, dans une approche attentive aux autres expériences impériales contemporaines, notamment anglaise, portugaise et française, dans le but de déterminer les conditions d’une perspective « atlantique ».

Déroulement spécifique pour l’année universitaire 2012-2013 :

À quoi renvoie la notion de « société de castes » couramment utilisée pour aborder la diversité sociale du monde hispanique colonial ? Quelle est la pertinence de cette description de la différence sociale selon une hiérarchie des couleurs de la peau ? Ce séminaire se propose d’aborder ces questions, issues d’un terrain spécifique, en les confrontant à tout un ensemble de visions du monde tendant aussi à fonder en nature les différences sociales, à légitimer comme « naturelles » la sujétion des uns et la supériorité des autres.

Le séminaire tentera, en même temps, de s’interroger sur la possibilité de saisir, au-delà des grandes théories, la manière dont les individus mobilisaient ou non ces catégories comme critères d’autodéfinition et d’énonciation de la propre appartenance. Cette approche suppose d’étudier les rapports complexes entre les réalités locales et la « norme générale » : les pratiques de la Nouvelle Espagne, sont elles identiques à celles ayant cours en Nouvelle Grenade ou dans le Rio de la Plata ? La question de l’hétérogénéité de l’Empire sera ainsi au centre de notre réflexion cette année.

Qu’il s’agisse de logiques religieuses, lignagères, culturelles, phénotypiques ou biologiques, le parti pris de ce séminaire est celui de puiser dans la sociologie et l’anthropologie les outils pour critiquer les approches téléologiques ou finalistes qui interprètent ces diverses constructions essentiellement à travers le prisme du racisme à venir, perdant de la sorte une bonne partie de la complexité de la dynamique des phénomènes culturels.

Grâce à un travail de comparaison permanente entre les diverses expériences européennes et coloniales (anglaises, françaises, hollandaises), du XVIe au XIXe siècle, nous tenterons de restituer toute leur contingence aux différents schémas explicatifs de la variété humaine (théories des humeurs, du milieu, de la naissance, de la lignée…) ainsi qu’à leur réception par les acteurs sociaux. Parallèlement aux questions abordées précédemment dans ce séminaire (notamment l’analyse des différentes constructions tendant à naturaliser la diversité sociale et culturelle, leurs usages socialement différenciés et leurs circulations), nous tenterons cette année de mener de paire un questionnement méthodologique et l’étude de cas spécifiques ancrés dans les XVIIe et XVIIIe siècles hispano-américains. Une attention toute particulière sera portée à la spatialisation des questions abordées. Cela nous permettra de nous intéresser plus particulièrement :

  • a) aux problèmes méthodologiques posés par les approches larges en histoire (impériale, atlantique ou globale)
  • b) au statut d’un terrain spécifique dans l’étude d’ensembles politiques intercontinentaux.
  • c) ces approches critiques devraient poser les bases pour un travail collectif d’enquête pratique devant être mené au sein du séminaire.

Ce séminaire se trouve par conséquent à la croisée de l’histoire coloniale, de l’histoire comparée des empires et de l’histoire atlantique. Soucieux d’historiciser les concepts et les processus sociaux, il propose une démarche d’histoire sociale des idées et des pratiques culturelles plus attentive aux temporalités, aux contextes et aux configurations spécifiques qu’aux grandes périodisations. Les séminaires se dérouleront sur une base annuelle et tourneront autour de lectures (dont une bonne partie en langue anglaise et espagnole) et de courtes présentations afin d’alimenter les débats.

 

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