Groupe de recherche Achac : Newsletter #627 – 22 avril 2026

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Newsletter mensuelle #627 22 avril 2026

Tribune Casimir Fidèle, 1748-1796.  Parcours d’un affranchi par Julie Duprat En tribune ce mois-ci pour le Groupe de recherche Achac, Julie Duprat présente son ouvrage Casimir Fidèle, 1748-1796. Parcours d’un affranchi, paru au CNRS Éditions en septembre 2025. L’autrice est archiviste-paléographe, diplômée de l’École nationale des Chartes. Sa thèse «Présences noires à Bordeaux : passage et intégration des gens de couleur (1763-1792)», a été publiée en 2021 aux éditions Mollat sous le titre Bordeaux métisse. Conservatrice des bibliothèques à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, elle mène des missions de formation et de vulgarisation. Elle siège à ce titre au Conseil scientifique pour la mémoire de l’Esclavage depuis 2024. Elle participe également à des projets collectifs de recherche, comme «Policing Black Bodies», pour lequel elle a étudié la légifération des unions mixtes en Europe à l’époque moderne. Dans Casimir Fidèle, 1748-1796. Parcours d’un affranchi, elle retrace la trajectoire exceptionnelle d’un homme noir dans la France du XVIIIe siècle, de son arrivée comme esclave à sa conquête d’une identité de citoyen affranchi. À travers cette micro-histoire, l’autrice explore les mécanismes de l’intégration et les limites de la liberté dans une société coloniale et métropolitaine en pleine mutation. L’ouvrage revient d’abord sur la jeunesse de Casimir Fidèle et son arrivée à Bordeaux, point de départ d’une vie marquée par le déracinement mais aussi par une volonté farouche d’émancipation. Julie Duprat analyse ensuite son insertion dans la société française, détaillant les réseaux de solidarité et les obstacles rencontrés par les affranchis. Elle s’intéresse enfin à l’impact des bouleversements révolutionnaires sur ces destins individuels. Dans cette tribune, elle revient sur l’histoire de l’écriture de son ouvrage. Lire la tribune
L’ouvrage

Tribune
« Pour la création d’un musée de la colonisation »  par Pascal Blanchard et Nicolas Bancel Le 15 avril 2026, les députées Amélia Lakrafi (EPR) et Sabrina Sebaihi (Écologiste) ont présenté à la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale un rapport sur «L’influence de la France dans un monde postcolonial». Parmi les 42 propositions du rapport, l’une retient particulièrement l’attention : la création d’un musée de l’histoire de la colonisation et de ses héritages, distinct du Musée du quai Branly et du Musée national de l’histoire de l’immigration. Une structure dédiée, à vocation pédagogique, capable de porter des expositions itinérantes sur l’ensemble du territoire, de nouer des coopérations culturelles avec les pays anciennement colonisés, et de contribuer à une redéfinition en profondeur de la politique culturelle de la France. Cette recommandation dans un débat long et difficile est portée depuis des années par des historiens, des chercheurs, des associations et des parlementaires. En octobre 2023, Nicolas Bancel et Pascal Blanchard — qui ont été invités à intervenir dans les auditions de la commission — alertaient déjà dans The Conversation sur l’importance de bâtir un tel lieu en France, soulignant que notre pays risquait d’être l’une des dernières nations européennes à s’engager sur le sujet, alors même qu’elle abrite les plus importantes diasporas issues de l’ancien Empire colonial. Et c’est dès 2012 qu’un Manifeste — signé par plusieurs personnalités, et notamment par Patrick Chamoiseau, Achille Mbembe, Benjamin Stora, Yazid Sabeg ou Christiane Taubira — avait posé les premières fondations de ce projet. Ce mois-ci, nous revenons sur cette actualité à travers un article revenant sur le rapport du 15 avril 2026 et la tribune de 2023 qui en éclaire les enjeux historiques et politiques. Deux textes qui, ensemble, montrent que le débat avance et qu’il est désormais temps de passer des mots aux actes.   Lire la tribune

L’article sur LCP
L’article sur The Conversation
Le Manifeste de 2012

Exposition
« Racisme et antisémitisme en images. Discriminations,  préjugés & stéréotypes » Jusqu’au 30 avril 2026 Nanterre Du 4 au 29 mai 2026 Douvres-la-Délivrande Après des présentations réussies depuis début 2026 partout en France, l’exposition « Racisme & antisémitisme en images. Discriminations, préjugés & stéréotypes », poursuit son itinérance à Nanterre mais aussi à Douvres-la-Délivrande. Conçue par le Groupe de recherche Achac, en partenariat avec la Fondation Éducation contre le racisme et avec le soutien de l’ANCT, de la DILCRAH et de la Dgesco, cette exposition invite à une réflexion critique et analytique sur l’impact des images dans la diffusion des préjugés racistes et antisémites, mais aussi de la xénophobie ou des stéréotypes. À travers un corpus iconographique riche et inédit, l’exposition analyse comment certaines images ont contribué à façonner une culture visuelle produisant le racisme et l’antisémitisme. Elle invite ainsi les visiteurs à déconstruire et réfléchir aux préjugés inscrits dans notre société. L’exposition

Décryptage Médias « Les codes racistes du passé  continuent de fonctionner »  par Pascal Blanchard Publiés les 7 et 8 avril 2026 RFI & L’Humanité Diffusé le 1er avril 2026 C ce soir (France Télévisions) Depuis le début du mois d’avril 2026, Pascal Blanchard (CRHIM, Université de Lausanne), historien spécialiste du fait colonial, de la diversité et de l’immigration, est intervenu à plusieurs reprises dans les médias afin d’analyser et de décrypter les polémiques et réactions racistes face à l’élection de plusieurs maires non-blancs et notamment de Bally Bagayoko à Saint-Denis. Dans L’Humanité, pour RFI et sur C ce soir, il revient sur la persistance des images et des discours racistes hérités de la période coloniale dans notre société contemporaine, montrant comment ces représentations continuent de structurer les discours racistes et de conditionner les réactions face à l’accession de personnes non-blanches à des fonctions publiques. Il souligne également une évolution dans le débat démocratique contemporain : dans un contexte de polarisation croissante, être antiraciste n’est plus perçu comme une position neutre dans le débat public. Pour L’Humanité
Pour RFI
Pour C ce soir

Exposition « Résistantes & combattantes.
De l’ombre à la lumière »
Jusqu’au 29 avril 2026 Gap Jusqu’au 4 mai 2026 Dardilly Du 5 au 18 mai 2026 Gelos & Longlaville L’exposition « Résistantes & combattantes. De l’ombre à lumière (1945-2025/2026) » poursuit son itinérance dans plusieurs villes. Conçue par le Groupe de recherche Achac en partenariat avec l’Office national des combattants et des victimes de guerre, placée sous le Haut patronage de la Présidente de l’Assemblée nationale, elle bénéficie du soutien de la Fondation BNP-Paribas, de la Fondation RAJA – Danièle Marcovici, de l’ANCT, de la DILCRAH et de la Dgesco. L’exposition rend hommage à plus d’une centaine de femmes résistantes et combattantes durant la Seconde Guerre mondiale. Ces femmes ont joué un rôle majeur dans la Résistance, puis dans la Libération de la France face à l’occupation nazie et au régime de Vichy. Certaines d’entre elles ont compté, dès 1945, parmi les premières élues de la République française. Malgré l’ampleur et la diversité de leur contribution, leur rôle est longtemps resté marginalisé et invisible dans les récits officiels. Cette exposition souligne combien l’histoire de la Résistance ne peut plus désormais se concevoir sans y intégrer pleinement la mémoire de ces femmes notamment au moment où l’on commémore le 21 avril 1944 et l’ordonnance portant organisation des pouvoirs publics après la Libération dispose dans son article 17 que « les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes » et le 29 avril 1945, premier vote des femmes aux élections municipales. L’exposition

Conférence Faut-il s’excuser de la colonisation ?  Par Pascal Blanchard Mercredi 6 mai 2026 à 19h00 L’Atelier des Abbesses – 8 Passage de Abbesses (Paris 18e) Pascal Blanchard (CRHIM, Université de Lausanne), historien, est invité pour un échange autour du livre Doit-on s’excuser de la colonisation ? (Desclée De Brouwer, 2025), co-écrit avec l’historien Benjamin Stora (Université Sorbonne Paris Nord / INALCO). Cette conférence animée par Dominique Vénéré, dans le prolongement d’un premier échange à Pointe-à-Pitre en janvier 2026, questionnera la dynamique «Regarder le passé, comprendre le présent et préparer l’avenir». L’ouvrage de Pascal Blanchard et Benjamin Stora interroge la place de la colonisation dans la mémoire nationale ainsi que la nécessité de sa transmission. Puisque la transmission de la mémoire autour de la période coloniale reste un défi, avec des débats souvent polarisés entre plusieurs radicalités et la nostalgie d’une «grandeur perdue» de la France, cet ouvrage propose un éclairage historique propice à un débat plus apaisé. En savoir plus 
L’ouvrage  ­

France Article La République rend hommage  à Sandrine Lemaire  Publié le 7 avril 2026  L’Union Sandrine Lemaire, codirectrice du Groupe de recherche Achac et professeure agrégée d’histoire, sera prochainement décorée de la Légion d’honneur. Spécialiste de l’histoire et de la propagande coloniale, elle s’illustre par son travail de diffusion des savoirs historiques auprès de larges publics. Diplômée de de l’Institut universitaire européen de Florence et enseignante en classes préparatoires à Reims, elle a notamment codirigé des ouvrages de référence comme Histoire globale de la France coloniale (Éditions Philippe Rey, 2022) et Colonisation & Propagande. Le pouvoir de l’image (Le Cherche Midi, 2022). Elle prépare pour la fin de l’année 2026 un nouvel ouvrage sur les décolonisations dans une perspective comparatiste aux éditions Les Aurores/Les Nouveaux Éditeurs. En savoir plus ­

France Exposition « Esclaves en Méditerranée XVIIe-XVIIe siècle » Du 31 mars au 19 juillet 2026 Institut du monde arabe (Paris 6e) Cette exposition présentée à l’Institut du monde arabe est la première à explorer l’histoire des musulmans et des chrétiens originaires du nord et de l’ouest de l’Afrique réduits en esclavage dans les ports méditerranéens entre le XVIIe siècle et les années 1830. Rassemblant des œuvres d’art diversifiées par leur forme et leur époque, l’exposition présente des œuvres peu exposées qui racontent l’histoire de ces destins oubliés.   En savoir plus ­

France Conférence et débat Cycle Mémoires de l’esclavage « Peut-on réparer ? »  Mercredi 13 mai 2026 à 19h00 Palais de la Porte Dorée (Paris 12e) Dans le cadre du cycle « Mémoires de l’esclavage », le Palais de la Porte Dorée organise une conférence-débat pour le 25e anniversaire de la loi Taubira de 2001, reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité. En partenariat avec la Fondation pour la Mémoire de l’esclavage, la conférence est centrée sur la question des réparations face aux préjudices et aux héritages persistants de l’esclavage. Elle est animée par Kévin Donat, guide conférencier et podcasteur, fondateur du Paris Noir, avec Magali Bessone, professeure de philosophie politique (Université Paris 1) et Ary Gordien, anthropologue chargé de recherche au CNRS. En savoir plus

France Ouvrage Une tragédie occultée de la guerre d’Algérie. Les camps de regroupement  par Lorraine Rossignol Publié le 1er avril 2026 Éditions Actes Sud Dans cet essai remarquable, la journaliste Lorraine Rossignol enquête sur une facette méconnue de la guerre d’Algérie : les camps de regroupement où plus de deux millions de paysans algériens ont été déplacés entre 1954 et 1962. Au cœur du conflit, l’armée française a mis en œuvre cette stratégie pour affaiblir les combattants indépendantistes du Front de Libération Nationale, en les coupant de leurs soutiens logistiques. Arrachées à leurs terres du djebel et des Hauts Plateaux, ces populations ont été regroupées dans des camps aux conditions de vie extrêmement précaires, où plus de 200.000 personnes ont péri, victimes de maladies et de malnutrition. En savoir plus ­

France Article « Des restes d’Amérindiens  kaliña guyanais dans les limbes du Musée de  l’Homme » Vendredi 27 mars 2026 La Cômerie (Marseille 6e) Cet article met en lumière le destin des restes d’Amérindiens kaliña de Guyane conservés au Musée de l’Homme. Ces Amérindiens ont été emmenés à Paris en 1892 par l’explorateur François Laveau et exhibés au Jardin d’acclimatation à Paris. Après leur mort, leurs restes ont été déterrés et intégrés aux collections du Musée de l’Homme. Faute de cadre législatif spécifique pour les régions ultramarines permettant de déroger au principe d’inaliénabilité des collections publiques et malgré leurs demandes répétées, la restitution des restes de leurs ancêtres aux kaliñas guyanais n’a toujours pas pu être effectuée. Le gouvernement français soutient désormais une proposition de loi au Sénat pour rendre cette restitution possible. La proposition de loi, cosignée par les sénateurs Catherine Morin-Desailly (Union centriste), Max Brisson (Les Républicains) et Pierre Ouzoulias (communiste), prévoit que les dépouilles « cessent de faire partie » des collections du Musée de l’Homme et soient remises sous un an à la Guyane «à des fins funéraires». « Elle sera examinée au Sénat avant la fin de la session ordinaire », a expliqué Catherine Pégard, qui a ajouté que le gouvernement allait « enclencher la procédure accélérée ». Ce récit, comme celui d’autres restitutions, est au cœur du documentaire que prépare actuellement Bruno Victor-Pujebet, Pascal Blanchard et Marie-Christine Gambart pour France Télévisions et qui sera diffusé fin 2026. En savoir plus
Pour aller plus loin